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Index du forum » Le Monde d'Aïther - Zone de jeu » Les Cinq Continents » Ikari

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Ainsi va le goupil (Thalek)



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 Ainsi va le goupil (Thalek) 
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Kyrie Terrevermeille
(Elowen inside)
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» Ainsi va le goupil (Thalek)
[hrp : Ce RP n'a pas grand rapport avec celui déjà ouvert [strike]et auquel Pitru ne répond point[/strike], il se passe bien après, si l'on peut dire.]


C'était un petit village. Cela avait étonné Kyrie que l'on s'arrête ici. Mais un temple de l'Ordre de la lumière se trouvait non loin, attirant sans doute plus de clients potentiels. Et il fallait bien s'occuper, car les plaines d'Ikari, si elles étaient jolies, champêtres et verdoyantes, n'avaient rien de palpitant.
Kyrie n'éprouvait pas d'affection particulière pour Ikari. Elle trouvait ce continent plutôt ennuyeux; l'économie tournait essentiellement autour des cultures et des tissus - les grandes étendues étant favorables à la culture du lin et du coton. Bref, rien de palpitant.
Kyrie se languissait un peu de l'animation de Shima ou du mystère de Mori. Cependant, elle ne s'était pas encore rendue sur les autres continents. Elle mourrait d'impatience de découvrir ces nouvelles contrées, mais l'instant présent était ce qu'il était. Faire du commerce à Ikari dans un bled pommé. Il y a des jours, comme ça, où il faut savoir prendre son mal en patience.

La jeune femme ne portait plus son manteau de voyage, qu'elle avait plié près d'elle. Un soleil éclatant écrasait les tendres plaines d'Ikari, et plus précisément la place du village où les chariots des marchands ambulants, carrioles bariolées, avaient été dépliées afin d'offrir leur marchandise à la vue des badauds. Car l'arrêt d'une telle caravane dans un village reculé d'Ikari (comme tous les villages d'ailleurs <.<") était une véritable fête.
Pour se consoler, Kyrie s'était dit qu'elle ferait bien affaire avec la plupart des habitants de la bourgade.
Assise sur une escabelle, elle surveillait de près sa marchandise, se méfiant de tout larcin.

Puis vint un larron, qui demanda à voir ses pigments de peinture. Kyrie le détailla rapidement - on ne juge pas un client sur son apparence, mais sur le volume de son escarcelle.
C'était un homme grand, ses cheveux auburns coiffés d'un grand feutre; ses yeux bruns étaient rieurs, ses pommettes hautes témoignaient de sa bonne humeur. Ses lèvres étaient ourlées d'une fine moustache qu'il lissait pensivement. Sa souquenille était ample, mais de bonne facture. Il possédait une attitude maniérée, et un petit accent que Kyrie trouva irritant.
La jeune femme s'approcha dès des sacs de pigment, afin de lui montrer les différentes teintes disponibles.


"Ceux-ci sont pour un usage plus limité, comme la peinture d'une toile ou de petites objets; leur qualité est grande, comme leur éclat et leur texture. Ceux-là en revanche vous conviendront si vous souhaitez colorer ou peindre des choses plus importantes, sans un trop grand soucis du détail. Leur texture est plus épaisse, mais vous pouvez varier les doses."

Kyrie fit une pause : elle évitait d'abrutir le client sous des flots interminables de blabla, et par la même occasion de parler pour ne rien dire, ce dont elle avait horreur.
Elle tenta de déserrer le cordon qui fermait le sac de toile, sans succès. Le noeud était trop serré. La jeune marchande pesta intérieurement, et sortit son couteau de son étui en cuir. La lame, gravée d'un renard, brilla au soleil.
A ce reflet, la moustache du client sembla frémir, ce qui provoqua un certain malaise chez Kyrie. Celle-ci défit donc sans tarder la cordelette, afin de montrer la marchandise.
Mais le regard du client semblait avoir changé, et allait sans cesse de Kyrie aux pigments.
La jeune femme se demanda sur quel genre de satyre elle était tombée.
Enfin, l'inconnu se décida pour une teinte d'un rouge tirant sur l'orangé, un sac entier, et paya largement.
En partant, il fit un clin d'oeil à son aimable marchande, qui se sentie glacée. Elle avait l'habitude que certains clients aient des gestes un peu déplacés par rapport à elle, mais celui-ci semblait clairement avoir quelque chose derrière la tête. Brr.


***


Le lendemain à l'aube, un murmure scandalisé parcouru le village.
Le temple de l'Ordre avait été vandalisé.
Oh, vandalisé, c'était un mot un peu fort utilisé comme toujours pas la Rumeur qui enfle et gonfle, mais toujours est-il que les murs du Temple, vénérant le Créateur, avait été odieusement ... peinturlurés.
Sur les murs blanchis à la chaux, sur la porte et son fronton, le tout d'un blanc immaculé, on avait peint, en un rouge orangé fier et révolutionnaire des mots en lettres capitales :
"FUMISTERIES QUE LE CREATEUR !"
"LE RENARD EST VRAI, LE RENARD EST GRAND, LE RENARD EST SACRE !"
"PAIX ET AMOUR DE GOUPIL"
"LE MAITRE RENARD VOUS REGARDE, LE MAITRE-RENARD VOUS AIME"
"OFFREZ VOS POULES AU RENARD, PAS AU CREATEUR, LE RENARD VOUS LE RENDRA"


Et tant d'autres encore...
Des hérétiques avaient osé bafouer le nom du Créateur. Pour... un renard ?
Ignorante de ces choses-là, Kyrie demanda à Gawain ce que c'était que cela. Celui-ci lui affirma que si les bonnes gens croyaient justement au Créateur et aux esprits Mana, d'autres illuminés avaient des croyances moins...conventionnelles. Comme ceux-là, Adorateurs du Renard Sacré.
Kyrie sourcilla. Elle aurait voulu en rire, mais il semblait déplacer de rire d'un affront au Créateur.

Puis soudain quelqu'un fendit la foule, quelqu'un, ou plutôt un petit groupe. Il y avait ce vieux bonhomme aigri qu'elle avait apperçu la veille, ce genre de client pénible qui ne cesse de critiquer, exige et pinaille sur l'addition.

"Elle ! Elle ! Elle, elle a ce genre de peinture !"
Un homme grand, imposant, certainement un chevalier de l'Ordre venu en remettre justement dans la bourgade, accompagnait le pénible individu.
"Est-ce vrai, damoiselle ?"
"Oui, j'en ai... Mais j'en ai vendu un sac plein hier encore..."
"Faites-voir."

Kyrie s'exécuta. Ne pas avoir d'ennuis, cela nuit aux affaires. Elle sortit à nouveau son couteau pour ouvrir un nouveau sac de pigments. Le dessin de la lame ne manqua pas d'attirer l'attention du garde -du chevalier, enfin bref qu'importe, pour Kyrie il n'allait pas tarder à être dénommé "le dernier des crétins".
"C'est un renard sur votre lame !"
"Oui monsieur, mais que..."
"Héretique ! Tu es prise !"
"...quoi ?!"

Et tout s'enchaina si rapidement que Kyrie se trouva prise et emmenée au milieu de la place...bientôt rejointe par un jeune homme qui ne lui était pas inconnu.

"Lui ! Lui ! On l'a vu trainé près du temple cette nuit ! Lui !"

Les images, les sons, les couleurs, tout se mélangeait dans l'esprit hagard de Kyrie. Qu'arrivait-il ? Où était son petit monde qui tournait rond ? Où tout était rationnel, calculé, pesé et faisait des profits ?
Hébétée, elle le fut encore plus lorsqu'un cri vint d'un des toits surplombants la place bondée de la foule du village et d'autres curieux.


"Vous z'inquiétez pas ! On ne vous laissera pas mourir en martyrs de notre cause !"

La voix avait cet accent tellement irritant de la veille. Mais ce qui était bien plus irritant, dans sa phrase, c'était l'emploi du mot "mourir".
o_O


[hrp : je te passe la patate chaude, Thalek ! ...j'ai pas osé appeller mon mystérieux aventurier el Zorro, mais ... XD ]

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Mer 14 Avr 2010 14:04
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La plupart des habitants d'Aïther considèrent le Créateur et les Esprits comme des divinités, et les Gardiens comme des Anges...
Elian Elddir
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» Re: Ainsi va le goupil (Thalek)
Un peu plus bas dans la Grand'Rue une foule s'était amassée autour d'un petit groupe de gens, dont deux avaient peu de liberté de mouvement. Les badauds les menaçaient avec des doigts vindicatifs, les soldats poussaient les badauds et tiraient leurs captifs. Quant aux captifs, l'air hagard, ils commençaient à deviner l'endroit où on les emmenait.

Madeline, la vingtaine toute fraîche, l'embauche aussi, n'avait décidément pas le temps de regarder ce qu'il se passait dehors. Elle portait avec difficulté un plat d'argent ou reposaient une pintade fumante et ses légumes en julienne. Le plat tanguait d'un côté puis de l'autre, mais outre la tentative de suicide réussie de trois petits pois, les pertes ne furent pas grandes, et Madeline parvint à la table du Maire sans trop de peine. Il y avait juste ce qu'il fallait de place sur la table. La jeune femme fit une petite courbette pour elle même et repartit en sens inverse, écrasant de ses souliers les petits pois à présent au sol, qui ne demandaient que ça. Ayant accompli inconsciemment cet assassinat légumineux, elle passa la double porte et descendit l'escalier qui menait aux cuisines. Le Créateur seul sait - et peut être aussi Berthine la cuisinière - ce qu'elle y perpétra comme méfait. Mais là n'est pas notre affaire.

Le Maire était gros. C'est l'un des principaux défauts qui apparaissent chez les gens comme lui. Diriger un village qui ne vit que grâce à un monastère riche, ça vous détruit le système digestifs et ankylose les jambes à force d'inaction. Pas d'inquiétudes, il n'était pas aussi gros que le Clergé du coin. Aujourd'hui c'était pintade ! L'animal brillait, sentait, fumait, un vrai régal pour les sens. Et ça le Maire n'en était pas dépourvu. Sa femme, en face de lui, détourna les yeux lorsque, armé de son couteau, il commença à découper la bête. Ce qu'elle ne comprenait pas c'est qu'il puisse avoir si faim par un temps si agréable. Avec un soleil pareil tout ce qu'elle désirait se trouvait dans les prairies au loin, assise contre le tronc d'un arbre isolé, à manger des baies sauvages et à croquer dans une pomme fraiche et juteuse. Au lieu de ça ils étaient cloitrés dans cette grande maison. Elle avait beau être la plus grande du village elle n'en paraissait que plus minuscule à ses yeux. La tête appuyée sur sa main elle scrutait le petit bout d'horizon qu'elle voyait à travers la fenêtre. On entendait la rumeur de la foule.

C'est que c'était animé aujourd'hui ! Tout en découpant une cuisse bien en chair et toute juteuse, le Maire se mit à rire grassement. La période des foires était une bénédiction. Les Marchands venaient plus que de raison profiter du rayonnement de la Divine Religion pour faire leurs affaires. Le Maire avait ça dans l'âme et rien n'était plus plaisant que de vagabonder à travers la Grand'Rue et écouter la harangue des commerçants. Mmh, il faudrait qu'il pense à féliciter Berthine, elle s'était surpassée.

Elle mâchonnait un bout de carotte et, toujours un regard vers l'extérieur, s'était mise à rêvasser. La journée d'hier avait été un peu réconfortante. Ils avaient pu sortir sous bonne garde au milieu de la foule, saluer les passants et les commerçants. Elle profitait avec allégresse des seuls moments où le village s'animait. Quelle époque bénie ! Sur le continent plat le soleil brillait et faisait fuir les nuages ! Tout n'était que ciel bleu, chants d'oiseaux et rires d'enfants. N'en avoir qu'un si petit aperçu lui fendait le coeur. Elle reprit un morceau de carotte et ferma les yeux.

Hérétiques ! !

Le mot avait fusé, par delà la rumeur grandissante de la foule qui, comme l'épouse du Maire allait s'en rendre compte après s'être penchée au dessus de l'encadrement en pierre de la fenêtre, s'était rapprochée de leur maison. Le Maire avait fait de grands yeux, son couteau avait dévié, l'assiette avait crissé et son épouse s'était à moitié étouffée avec son bout de carotte. Mais à présent, chacun se demandait ce qu'il pouvait bien s'être passé.

Cela avait-il un rapport avec les dégradations du Temple ?

***

Il avait devant lui une masse chevelue qui avançait péniblement et qui donc en profitait pour lui obscurcir la vue et lui remplir la bouche de ses cheveux. Toujours plus en avant se trouvait un gros baraqué en uniforme et armé d'une lance plutôt comique dans son genre. C'était un mercenaire, dépêché spécialement en renfort pour la foire. Il n'était pas fait aux us et coutumes de la région, mais il connaissait son métier (qui se résumait à pas grand chose, entendons nous bien). Fendant le foule à grands coups de bras musclé et poilu, ils se rapprochaient de la maison du Maire. Elian put bientôt voir le toit de la bâtisse au dessus de la chevelure brune. Son premier client la lui avait indiquée avec un petit sourire en coin du style "celui qui habite là-dedans a du pouvoir et une femme tu-vois-c'que-j'veux-dire...". Elian n'en doutait pas. Du tout. Et d'ailleurs, il allait sûrement pouvoir aller vérifier par lui-même, sous peu.
Une nouvelle fois une chose lui atterri sur la tête, sans qu'il puisse le moins du monde savoir de quoi il s'agissait. Il soupçonnait les bouts de pains d'avoir signé une coalition contre lui. La boulangère xénophobe lui avait lancé un regard mauvais quand il lui avait demandé, poliment pourtant, le chemin de la boucherie la plus proche ainsi qu'un morceau de pain aux graines de pavots. En tout cas ce n'étaient pas (encore) des cailloux. Les villageois n'étaient pas (encore ?) des fanatiques et ne souhaitaient pas déclencher une rixe en pleine foire. L'affaire du Temple était déjà une belle tache sur le bilan de ces quelques jours. Et pour faire fuir les clients il n'y avait rien de mieux.

Ce village devait être bien petit pour avoir si peu de morale et arrêter les gens tout simplement parce qu'ils possèdent un couteau. Elian se rappelait à peine du jour où il l'avait acheté, mais l'homme qui le lui avait vendu n'avait mentionné aucun risque à venir si d'aventure il était utilisé en publique. Les teintures des chapeaux était souvent toxiques, aussi Elian nouait un foulard autour de sa bouche et utilisait des gants pour manipuler ses nouvelles acquisitions. Ça c'était de la prévention ! Et il était d'autant plus préventif si un acheteur excentrique désirait obtenir l'un de ces articles. Ils pouvaient bien le poursuivre, il était protégé par les clauses de la Charte des Marchands (chapitre 'Teintureries' paragraphe 13, alinéa 2). Mais la véhémence avec laquelle on l'avait arrêté ce matin relevait effectivement d'un fanatisme aveugle. En tout cas à première vue. Mais les villageois respectent les règles à ce qu'on dit. Et sur Ikari c'est d'autant plus vrai. Aussi valait-il mieux que les captifs arrivent à la demeure du Maire sans avoir le visage ensanglantés, au risque de subir un peu plus de courroux.

***

Il ne faisait aucun bruit dans la nuit noire. Ses pattes souples et légères foulaient le sol pavé avec agilité. L'odeur de viande s'était accrue ces derniers temps aussi avait-il décidé que ce soir il s'aventurerai chez les Longues-Pattes. Il parvint à une place. À sa gauche s'élevait un grand bâtiment de pierre blanche et à droite, passé sa porte, divers étals étaient montés le longs des murs. Vides. Non, pas si vides. Des restes de jambon découpé avaient été laissés, ainsi qu'une cagette pleine de cerises. Ses yeux brillèrent d'envie. Discrètement il longea les murs des maisons, traversa une ruelle du plus vite qu'il put et rejoint sa corne d'abondance de la nuit. Il restait beaucoup de viande sur cet os ! Que ces être étaient gaspilleurs ! D'un seul mouvement il happa des lambeaux de tranches découpées et les avala. Délicieux. C'était mieux que la poule, mais moins nourrissant. Les morceaux avalés il attrapa dans sa mâchoire l'os. Ça contenterai bien ses petits pour la nuit, il ne se sentait pas à la chasse cette nuit.
Il lança un regard vers la cagette mais n'eut pas tôt fait de tourner sa tête qu'un bruit de pas se fit entendre. L'animal ne fit ni une ni deux et détala à toute vitesse par où il était venu.
Le jeune garçon s'arrêta. Il regarda l'animal à la fourrure rouge-orangée détaler comme s'il avait le feu aux fesses et sourit. On en voyait pas souvent en ville quand même. Ils étaient sacrément courageux dans cette région. Il haussa les épaules et aperçu la cagette de cerises. Ah en voilà une bonne surprise !

Une bougie à la main, le regard mauvais, la boulangère referma le jolie rideau en dentelles qui était devant sa fenêtre. Ces étrangers... ils n'en rataient pas une pour afficher leurs excentricités. Elle retourna se coucher et maugréa encore quelques minutes à côté de son ronfleur de mari sur le jeune garçon qui traînait la nuit dans la rue et qui portait un grand chapeau ridicule.


[madame est servie ! j'ai introduit un Maire, à utiliser sans restriction bien entendu (j'pense à un système plus féodal sur Ikari du moins, mais j'ai trouvé qu'un Maire c'était mieux, à voir, à mélanger). Désolé pour ton Zorro mais Elian n'avait pas de quoi regarder en l'air :mrgreen: ]


Jeu 15 Avr 2010 08:06
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Kyrie Terrevermeille
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La foule montait, enflait comme une vague, une seule marée dont les lames se dirigeaient d'un bel ensemble dans la même direction, courant unique, pour aller se briser sur la volée de marches qui menait à la maison du maire.
Kyrie n'aurait jamais cru qu'un si petit village puisse renfermer autant de monde. Mais les alentours devaient être tellement vides d'une quelconque animation que toutes les bourgades dans les parages s'étaient réunies pour la foire, qui s'était bientôt transformée en un spectacle improvisé, et qui pour Kyrie était passé de la farce à un mauvais drame. Dont elle attendait patiemment la fin, sinon l'entracte.
L'auteur de cette pièce était sûrement aussi médiocre que son intrigue, que ce soit le Créateur, le Renard Sacré ou la Poule aux Oeufs d'or, ou quoique ce soit d'autre. T_T.
Kyrie avait été happée par la foule, ligotée par la vindicte populaire, et bientôt escortée manu militari vers une haute demeure, en vérité une maison plus grande et plus pimpante que les pauvres masures des autres habitants.
Elle avait bien tenté de faire appel à Gawain, à Cléïa, à son clan enfin, mais ceux-ci s'étaient montrés aussi impuissants et hébétés qu'elle. Mais elle ne doutait pas que sitôt la foule quelque peu calmée, la caravane ne tarderait pas à faire corps et venir la chercher ;_;

Et il y avait eu ce cri depuis le haut de la grand'place, qui n'avait eu pour d'autre effet que de confirmer les injustes soupçons de la population indignée, et la surexciter un peu plus. La jeune marchande était à peu près sûr que l'énergumène de la veille en était l'auteur, mais si celui-ci s'était trouvé à l'instant devant elle, même ligotée, elle aurait bien trouvé un moyen de lui arracher la tête.

Pour son presque bonheur, elle et son compagnon d'infortune - dont la masse de cheveux couvrait allégrement son visage, lui donnant littéralement matière à ruminer -furent introduits dans la maison du maire; et une grande partie de la foule, ne pouvant entrer dans la bâtisse, resta à la porte, attendant de pied ferme.
A l'intérieur, c'était presque plus calme.
Les pieds nus de Kyrie foulaient un épais tapis de laine aux motifs qu'elle imaginait colorés et assez travaillés. Le sol était composé de dalles de marbres, qui s'accordaient à merveille avec l'imposante cheminée surplombée d'une tête de sanglier du plus mauvais goût de la salle à manger de la maison du maire. Enfin, elle supposa que c'était le maire, sinon un personnage des plus importants.
Il était rond et rubicond, la serviette blanche nouée autour du cou et un os de volaille dans la main. Son épouse avait quelque ressemblance avec le gallinacé présent dans le plat, mais c'était plus une poule maigre et chétive, rêveuse soumise et sans ambition. Eux-aussi tombaient des nus.
Faut dire, on ne s'attend pas forcément à voir débarquer l'intégralité du village dans son salon, avec deux jeunes gens promptement ligotés qu'on accuse d'hérésie, et qui eux-mêmes n'en reviennent pas. Le tout alors qu'on n'avait même pas atteint le fromage.


"Monsieur le maire ! On a trouvé les coupables de l'abomination de cette nuit !"

Kyrie se sentit pâlir.

"MAIS NON !"

Le Maire était toujours là, son os dans la main, les doigts luisants de gras. Son regard allait de la foule aux deux jeunes gens saucissonnés sur le tapis tissé-main-hors-de-prix-apporté-en-dot-par-sa-femme,sa-femme-si-belle-de-dot.
Dans ses yeux bovins et hagards, il n'était pas difficile de deviner qu'il faisait appel à son énergie, alors concentrée sur son estomac et ses papilles gustatives, afin de comprendre de quoi il retournait.
Enfin, un éclair illumina son regard. Il avait connecté son neurone.
Personnage d'apparence débonnaire, son caractère devait avoir une consistance similaire à celle de son ventre : mou. Un personnage stable, rassurant, pas trop emporté, assez malléable sans être complètement stupide non plus.
Toutefois, à cet instant précis, c'était très mal choisi. Après son petit digestif, peut être aurait-il été de meilleure composition. Mais dans l'instant présent, ses sourcils se rejoignirent, la peau de son front plissa, et son menton s'agita en une moue contrariée.
Le bonhomme se leva, et cet effort sembla lui peser terriblement. Il s'approcha, manifestement mécontent qu'on le coupe en plein repas (surtout qu'aujourd'hui, c'était pintade !!), mais la foule de ses électeurs étant là, mieux valait ne pas les décevoir et être exemplaire. Plus vite l'affaire serait expédiée, plus le dessert approcherait. Et en plus, il recevrait admiration et respect de la part de ses administrés. O, joie et bonheur de la fonction de bourgmestre.

Il regarda les deux jeunes gens. Une bohémienne et un saltimbanque. La belle affaire. Des gamins des rues, sans aucune éducation ! Des gens du voyage, à la vie dissolue. Il était aisé de les imaginer causer tel forfait.

De près, Kyrie pouvait admirer ses bajoues encore luisantes de la chair de la pintade. Erk. Elle ne put s'empêcher de ressentir une certaine angoisse. Tout s'enchaînait à grande vitesse, comme un mauvais rêve : on s'enfonce dans une eau glacée, et tout part si vite, sans que l'on puisse se rattraper à la moindre branche, s'accrocher au rivage, et les gens vous jettent des coups de pied afin que vous restiez dans le ruisseau.
Il est tellement plus facile de faire porter le chapeau à quelqu'un qui n'est pas d'ici. La paix sociale est préservée : tout le monde du village il est gentil, et ce sont les gens du dehors qui sont méchants.
Elle lança un regard désemparé au maire, mélange de supplication, d'indignation, de détresse, de colère.
Mais celui-ci ne remarqua pas, et gonfla le torse pour renforcer sa position : il était le chef de la ville, on le regardait, on l'admirerait, il débarrasserait la ville de ces gêneurs, on lui ferait des cadeaux, et enfin il pourrait goûter la tarte aux mirabelles dont l'odeur appétissante lui avait chatouillé les narines toute la matinée.
Il fit claquer sa langue et regarda les deux impies qui trônaient devant lui.
Un instant, que devait-il faire au juste ? Il reporta son attention sur l'homme qui les avait anoncé, ou dénoncé, il ne savait plus trop.


"Euh...alors, ce sont eux qui ont profané le temple ?"

"Pour sûr m'sieur le maire !! On a trouvé des preuves de leur hérésie ! Des signes du renard, et en plus la fille possédait la peinture avait laquelle on a écrit ces mots damnés !"

Oh, alors s'ils avaient des preuves, encore mieux ! Prenant une pose grassement théâtrale, le maire s'adressa aux prisonniers, d'un ton qu'il voulait ferme et martial.

"Alors jeunes gens, on conteste la Toute Puissance du Créateur ? Non contents de perdre la foi, vous insultez la notre ? On est jeune, étranger, alors on se croit tout permis ? Activistes ! hérétiques ! "

Kyrie eut à peine le temps de balbutier un "mais non !" qu'une des fenêtres de la salle à manger s'ouvrit avec fracas. Le faux procès tourna court...
Dans l'encadrement, en contre-jour, une cape volait au vent. La silhouette était grande, enveloppée de ce manteau flottant et coiffée d'un grand feutre sombre. La pose était ostensiblement provocatrice. Le claquement de la cape laissait apparaitre de temps à autres la dorure de la poignée d'une rapière ouvragée. L'inconnu releva son chapeau, laissant apparaître quelques mèches d'une chevelure auburn... et un masque cachant partiellement son visage. Un masque argenté en forme de renard.
Le vengeur masqué étendit un doigt accusateur ganté de cuir en direction du maire, devant l'assemblée ébahie.
Sûrement un acolyte de l'insolente voix à la grand'place murmurait-on. Cette vilaine secte était donc partout !


"Monsieur, je ne vous permettrais pas ! Ces deux jeunes gens ont le droit d'exprimer ce en quoi ils croient ! Ils ont le droit d'affirmer et répandre la lumière dorée du Renard Sacré ! Et je m'oppose donc à ce qu'on les punisse !"

L'accent était irritant. Mon Créateur, c'était encore lui ! Lui ! Kyrie en aurait mis sa main à couper.
...mais pourquoi personne ne doutait de leur culpabilité, même cet inconnu manifestement dérangé ? T_T
Le Maire se redressa de toute sa bedaine. Eh quoi, on osait remettre en cause son autorité ? Et ce pendant son repas ?! Intérieurement, il n'était pas mécontent que la populace les contemple, tous les deux... il brillerait d'autant plus.


"Il ferait beau voir, messire, que vous nous empêchiez de châtier ces deux païens ! Et vandales en plus ! On ne crache pas impunément sur le Créateur et on ne souille pas ainsi un Temple de l'Ordre de la Lumière ! La vraie lumière !"

Le vengeur masqué pris appui sur l'encadrement de la fenêtre, une moue gouailleuse imprimée sur sa bouche.

"Je vous pardonne monsieur, de votre stupide ignorance. Car il est évident que la lumière rousse du Très Saint et Très Sacré Renard et les paroles de notre prêtresse ne vous ont pas touché, aussi vous ne savez pas de quoi vous parlez. Non monsieur. Mais si vous croyez que c'est la lumière de votre soit-disant Créateur qui est la vraie, alors voyons ce qu'elle vaut contre ...ça !"

"Coquin !"


Coquin. Ce fut le dernier mot de cette conversation plus qu'étrange, et la dernière image claire que Kyrie vit du Maire, c'était ce gros bonhomme pataud et fulminant. Et qui, en plus, venait de voir son plat de pintade se répandre sur le sol.
Car à l'instant où le vengeur masqué avait fini sa phrase, dans un élan mélodramatique tout calculé, un sifflement retenti, et au même instant... Une dizaine, non, une centaine de poules se déversèrent depuis les portes et les fenêtres. Incantation, déversement des poulaillers de la maison voisine dans celle-ci ?
Kyrie n'aurait su le dire, et dans la chaos provoqué par les nuées de plumes et de caquètements, elle sentit une main gantée lui saisir vigoureusement le bras et entrainer les deux accusés par les couloirs de la maison, sortir par le jardin - loin de l'agitation.
Là, elle put voir que c'était son client de la veille, le stupide vengeur masqué, qui les conduisait à travers les ruelles, et autres passages sombres et non fréquentés (en même temps, tous étaient réunis près de la maison du maire), le tout au pas de course.
Enfin, à la bordure du village, dans une rue aux maisons identiques, l'aventurier s'arrêta près du soupirail de l'une des bicoques, souleva une trappe révélant une volée de marches et les invita à descendre dans la cave.
Kyrie remarqua que dans le feutre de cet inconnu une plume de poule. Celui-ci saisit son regard et eut un sourire à la fois moqueur et vaniteux.


"Sortilège du mana eau. Chaos du poulailler...invocation illusoire ~~"

Enfin, il descendit les quelques marches, les faisant pénétrer dans un sous-sol bien plus spacieux que la jeune femme l'aurait imaginé. Sur les murs se trouvait une mosaïque représentant un Renard et un enfant blond, vêtu de vert avec une écharpe rouge. Il était indiqué "Le Renard Sacré visitant le Prince, allégorie du champ de blé". Les autres murs étaient recouvert de tentures représentant des images stylisées de renard. Au sol, un dallage poussiéreux, mais également des mosaïques aux couleurs pastels.
L'endroit était éclairé par le soupirail et quelques lampes. Une vague odeur d'encens flottait.


"Mon frère et ma soeur - car nous sommes tous enfants du Renard, bienvenue dans le Quartier Général n°523 du Renard Sacré. Je vous félicite pour l'acte de bravoure que vous avez accompli cette nuit en affichant ainsi votre foi sur les murs du Temple, mais à l'avenir évitez de vous faire prendre..."

Si Kyrie était déjà perdue, elle le fut un peu plus. o_O C'était lui qui avait acheté sa peinture la veille, c'était forcément lui qui avait ... o___o"


[hrp : désolée, j'ai zappé ton Maire avec mon Zorro ! xD XD]

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Jeu 10 Juin 2010 18:10
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Proverbe Gobelin : "Quand tu es poursuivi, l'important n'est pas de courir plus vite que tes poursuivants, mais plus vite que tes potes."
Elian Elddir
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» Re: Ainsi va le goupil
Grmbl

Il y avait une nappe. Elle le recouvrait complètement. Ce devait être un coup du destin, une sacrée chance. Cependant il tenait toujours son pilon de pintade à la main. Et pour ainsi dire on tentait de le lui prendre. De son autre main il rejeta le tissu, faisant valser un poulet de sur son ventre et constata avec étonnement qu'un groupe de poulettes aux couleurs les plus invraisemblables picoraient sa nourriture. Pétrifié d'incompréhension, il n'osa pas retirer sa main, ni même lâcher le bout de viande. C'était quand même le sien, non mais oh ! Les yeux ronds comme des assiettes il tenta d'observer le phénomène. Des poules carnivores... il cherchait d'éventuelles dents, qui seraient là un augure des plus mauvais pour le sort de l'humanité. C'est qu'il cherchait la petite bête, notre bon maire. Dans un village aussi paumé, même s'il était le plus grand du coin, même s'il avait le privilège d'accueillir une foire, grandes étaient ses ambitions.
Son ambition avait pourtant décidé de le faire éternuer. On ne change pas le destin d'une plume dans le nez, ça non. Les poules s'arrêtèrent donc de picorer, tournèrent leur tête pas plus grosses que des noix vers son visage rubicond, puis lui tournèrent le dos, partant d'une démarche pataude vers un autre endroit de la salle, et bien vite dissimulées par un groupe de poulets éjectés de la cheminée comme une toux sèche.

Pôt ?

Le maire baissa la tête, évitant la tentative ratée de vol plané d'une poule qui, ayant élu domicile sur la tête de son épouse, s'était bien vite fait déloger par les hurlements de cette dernière.
C'était vraiment un gros bordel.
Tous les secrétaires et autres soldats étaient à terre, la tête picorée par des gallinacées. Qui se trouvaient d'ailleurs en masse dans cette pièce de la maison. Certains tentaient de monter sur une table, où s'était réfugié un milicien apeuré, qui tentait de les repousser avec son bâton comme on repousse les démons avec une croix en fer (ou un carré, ou un rond, mais c'est moins pratique).
Le maire faisait toujours des yeux ronds, qui se mirent à loucher lorsqu'une plume se posa sur son nez.

***

ATCHOUM !

"Je crois que j'ai attrapé un rhume.
- Allons bon, par ce temps ? Vous avez sûrement reniflé une plume de poulet dans la course, rien de grave. Vous voulez boire quelque chose ?"


Les deux rescapés de l'attaque des poulets magiques se regardèrent d'un oeil incertain. Est-ce qu'on allait aussi leur servir un jus à base de jaune d'oeuf ? Pour ne pas paraître impoli Elian acquiesça. Au point où ils en étaient...
Tout en se regardant dans la pénombre du lieu saint, il se reconnurent. Leurs yeux se firent d'autant plus grand que la situation était particulière. Les coïncidences étant bien faites, ils se retrouvaient à nouveau en plein milieu d'une histoire fort cocasse sinon vraiment tragique.

Elian avait regardé d'un oeil critique les décorations de la salle. Si c'était une blague alors elle était très bien réalisée. Sinon... ces gens étaient de vrais fanatiques. Ce qui n'était pas plus mal peut être. Ils ne semblaient pas être des dangers publiques, et un peu de concurrence à l'Ordre de la Lumière ne faisait de mal à personne, surtout pas au commerçants. Certes, on pouvait trouver une meilleure mascotte et de meilleurs moyen d'action...

D'ailleurs, il se demandait toujours ce qu'il faisait là. Et sa co-rescapées aussi, c'était certain. Elle s'était aventurée plus avant dans la grande pièce. Il y avait de la lumière au fond, il y avait des gens, des tables, ça sentait le poulet grillé. En trois enjambées il rejoignit la demoiselle et se retrouva dans la pénombre du milieu de la salle. Sous ses pieds il sentit des petites choses craquer mais n'y fit pas attention. D'un gest brusque il posa sa main sur son épaule. Elle sursauta et s'arrêta. Ils se regardèrent un moment. L'incompression se lisait dans leurs yeux. Mais Elian ne pouvait décidément pas savoir quel sentiment il ressentait. Et cela était fort tracassant. Il n'avait pas peur, mais toute cette histoire était des plus effrayantes. Être ainsi embarqué dans un conflit comico-religieux n'était pas de son goût, surtout alors qu'il n'avait pas reçu de carton d'invitation. Ce n'était cependant pas un sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Ces gens-là étaient sérieux.

***

"Mais qu'est-ce qu'ils ont ces deux là ? Leur blanc de poulet va refroidir !"

Accoudée à la table haute qui trônait à l'autre extrémité de la pièce, Jenna la cuisinière, une belle femme blonde et mince, parfaitement gracieuse dans sa robe noire, tapotait la surface de la table de sa louche en bois, l'air mécontent. On lui avait demandé deux portions pour telle heure et voilà que les deux nouveaux s'arrêtaient en face de la ligne d'arrivée pour jouer une pièce de théâtre romantique. Elle soupira et plaça deux bols par dessus les assiettes (qui entre nous étaient encore fumantes... cette Jenna, elle en fait toujours trop). Autour de la cuisinière tout un groupe de jeune hommes et quelques femmes mangeaient tranquillement, sans même lever leur nez de leur assiette. Le repas sacré, comme son nom l'indique, est sacré. Et plutôt mourir que d'observer deux jeunes hérétique de fausse confession faire attendre le Renard.
Une autre demoiselle, elle aussi de noir vêtue, entra d'un couloir sombre où s'enfonçait un autre escalier. Son nom vous sera peut être révélé par la suite, mais sachez qu'elle assistait Jenna dans son travail et qu'elle s'arrêta bien vite de regarder où elle allait pour observer les deux jeunes gens qui semblaient en pleine discussion dans la pénombre.

"Ils s'embrassent ?
- J'crois pas.
- Ils mangent pas ?
- J'espère bien qu'si !
- J'ai apporté un pichet d'eau, mais...
- Laisse, laisse, ils vont bien finir par montrer le bout de leurs chausses..."


***

Si l'épouse du maire avait enfin été calmée (c'est à dire emmenée dans sa chambre par une cohorte de servantes aux uniformes emplumés), il n'en allait pas de même pour la population animalère de la pièce. On avait réussi, avec difficultés, à restreindre l'invasion à cette unique pièce, bien qu'on entendait encore des caquètements dans le tuyau de la cheminée. Le maire était parti dans son bureau. Il avait prétexté un courrier à écrire, laissant le sergent de la Milice et l'évêque du coin en charge de l'organisation. Ceux-ci tombaient des nues et ne savaient décidément pas quoi faire pour commencer.
Heureusement pour eux la Magie décida la première. Avec un 'pop' des plus gracieux l'ensemble caquetant de la pièce disparut, ne laissant que plumes et crottes fraiches, ainsi qu'une poudre orange et volatile dans l'air. Au moins le calme était revenu.


Mar 15 Juin 2010 16:22
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Proverbe Orc : " Si tu penses que la violence ne résout pas tout, c'est que tu n'es pas assez violent."
Kyrie Terrevermeille
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» Re: Ainsi va le goupil (Thalek)
"Vous voulez boire quelque chose ?"

Cette simple proposition roulait sur la langue de leur "sauveur" avec cet accent coloré que Kyrie considérait toujours comme irritant. Sans doute parce qu'elle l'avait inconsciemment associé à des ennuis.
Elle ne l'avait croisé que deux fois...Et cela l'avait mise dans le pétrin. Comment son clan allait-il la retrouver maintenant ? Elle ne pourrait plus sortir dans la rue sans qu'on la reconnaisse, et qu'on la rapporte manu militari devant le maire - ce balourd !- pour recevoir sa sentence.
Un long frisson glissa le long de son échine.
Elle était kidnappée. On la croyait évadée.
Créateur tout puissant ! La gitane ne voyait guère comment s'en sortir. Elle poussa un long soupir, que l'étrange aventurier dû prendre pour un oui, puisqu'il tendit à son comparse et elle un verre de jus de raisin.
Dans la lumière tamisée du lieu saint, elle regarda son compagnon, maintenant qu'il n'avait plus les cheveux devant la figure.
Oh, lui ? Quelle plaisanterie ! Cela ressemblait à un rêve, sans queue ni tête. Sauf que la situation présente présentait une tête et une queue de Renard.

Elle fit quelque pas dans la salle. Au fond, un peu en contrebas, un repas se déroulait. Pas d'éclats de voix, ni l'animation qui caractérise un repas un peu festif, un peu arrosé. Non, ce n'était que paroles douces. Pas de chuchotements, mais des paroles posées, calme, et non dénuées d'une certaine sympathie.
Soudain, la diseuse de bonne aventure fut tirée de sa contemplation par une main se posant sur son épaule. Elle sursauta violemment. Ce n'était qu'Elian, mais Kyrie lui en voulait pour ce geste inconsidéré.


_Ne me touche pas.

Son ton était ferme, mais teinté d'une certaine appréhension. Heureusement que son épaule était couverte ! Un fragment de peau, et son esprit serait ailleurs ! Logé dans les recoins de l'âme d'Elian, à découvrir ses pensées, ses secrets, et peut être un brin de son avenir.
Ah, cela par contre, pourrait se révéler utile.
Elle sourit intérieurement. Quelle idée stupide.
Après lui avoir lancé un regard de reproche, mais point trop sévère tout de même - après tout, ils étaient compagnons de galère !!- elle lui désigna d'un geste du menton l'étrange tablée. Bientôt, ce fut l'incompréhension qui se lisait dans son regard.
Voilà pourquoi elle n'aimait pas sortir de la caravane ! Les étrangers étaient synonymes d'ennuis et de danger !

L'aventurier masqué les poussa gentiment vers le repas, où les attendait une portion généreuse et chaude.
Kyrie put sentir la délicieuse de poulet rôti. Cette odeur lui mit l'eau à la bouche. Elle tuerai pour du poulet rôti. Ou presque.
Elle osa franchir les derniers mètres, et ils s'attablèrent aux milieux des adeptes, qui levèrent à peine la tête.
La jeune femme saisit son assiette encore fumante, où trônait la volaille délicieusement cuisinée. Elle ne se méfia pas; rationnellement, on ne sauve pas quelqu'un pour l'empoisonner ensuite.
Après quelques bouchées, elle regarda autour d'elle.
Elle remarqua alors que la table était dressée près de ce qui ressemblait à un autel. Il ne ressemblait en rien à ce qu'elle avait pu voir dans les temples de l'ordre de la Lumière. Une statue de bronze représentant un goupil veillait sur la tablée. A ses pieds, des offrandes, essentiellement de nourriture : des os de lapin, de poule, du raisin, des épis de blé, même du fromage ! A ses côtés, deux statues de renard, plus petites, semblaient assister le Divin Renard. Leur nom était gravé sur le socle : à sa gauche, Grymbart soeur de Renard, et à sa droite, Hermeline, épouse de Renard. [hrp :référence, référence ! C'est là qu'on va voir si tu es un vrai adepte !]

Elle continua son inspection de la pièce...la cuisinière, les adeptes...son regard continua de glisser...Elian...elle se tourna vers son autre voisin de table.
Ah, l'aventurier avait retiré son masque, révélant une fine moustache et un bouc brun, des traits un peu forts, des yeux noirs et malicieux.
Il surprit son regard.


"Ma soeur, vous contemplez la statue du Renard ? Tenez, il faut que je vous présente les autres acolytes..."

Sa main gantée lui désigna tour à tour plusieurs personnes.

"Tenez, l'homme que vous voyez là-bas, c'est Corbant Le Freux, fromager de son état, nouvellement converti. La cuisinière, c'est Jenna ! Vous ne trouverez pas plus généreuse qu'elle ! Le Renard lui-même l'a touchée ! La jeune sœur à ses côtés, c'est Rousse. Là-bas, il y a Roënel, Blanche - une des plus fidèles, mais un peu emportée, ne la contrariez pas ! Sara, Beaucent..."

Kyrie le coupa dans son énumération.

"Pardon, mais vous, qui êtes-vous ?"

"Ah, pardon ma soeur, j'oublie souvent de me présenter, c'est vrai que, l'orgueil de Renard me damne, je suis habitué à ce que l'on sache qui je suis. A la manière d'Ysengrin, le prêtre du temple de l'Ordre de la Lumière locale."
Une moue de dégoût passa sur son visage alors qu'il prononçait ce nom.

"D'ailleurs, je dois féliciter votre courage de lui avoir fait subir ce qu'il méritait, de montrer à même les murs du temple quelle imbécilité est ce culte du Créateur ! Cela était un peu téméraire toutefois...!"

Ce fut le moment qu'Elian choisit pour intervenir :

"Mais justement...c'est pas nous qui avons fait ça !!!"

Le doux murmure des conversations stoppa net. On entendait plus que les craquements du feu qui ronronnait dans un coin et qui avait servi à rôtir les volailles.

"...Ah ?"

***

Plus loin, dans la maison du maire, le dénommé Ysengrin, prêtre du temple de l'Ordre de la Lumière fraîchement profané, entrait en trombe dans le bureau du maire, alors que son valet avait vainement protesté "il est entrain d'écrire un courrier urgent, ne doit pas être dérangé...".
Le maire était assis à son bureau, nullement entrain d'écrire, mais plutôt entrain de boire une petite eau-de-vie. Son visage gras était pâle comme la mort. Et il pâlit encore plus en voyant le prêtre débarquer à grandes enjambées dans son bureau.

"VOUS LES AVEZ LAISSES S'ECHAPPER ! INCAPABLE ! ETRE MOU ! C'EST UN APPEL A BAFOUER L'HONNEUR DU CREATEUR !!"

_Allons, allons, calmez-vous, Ysengrin...après tout...ce ne sont peut-être pas eux...je veux dire...Une erreur est si vite arrivée, une méprise, l'emportement...

_ET L'EVASION ?! C'ETAIT UNE MEPRISE ?!! RETROUVEZ-LES TOUT DE SUITE ! QUE LEUR SANCTION SOIT EXEMPLAIRE !!!

_________________
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Jeu 17 Juin 2010 21:43
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Nous sommes actuellement en l’an de grâce 1155 du calendrier Gouvernemental d’Aïther.
Elian Elddir
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» Re: Ainsi va le goupil (Thalek)
Le silence régnait dans la salle de repas, plus que de raison. On n'entendait que le feu crépiter, les cuillères tomber dans les assiettes en faisant "SPROTCH" et quelques rots à peine dissimulés.
Ah ça oui, on les regardait à présent ! D'un bout à l'autre des tables, pas un ne décrochait ses yeux des deux nouveaux arrivés. C'était... loin de rassurer Elian qui se mit à bouger ses jambes sous la table pour penser à autre chose. Rien ne lui venait, il restait dans une attitude stoïque, complètement coincé. Leur "sauveur", qui par ailleurs ne leur avait toujours pas donné son nom, les regardait, et surtout lui, avec une insistance démesurée. Dans son esprit, Elian se frappait la tête contre un mur, se maudissant d'avoir découvert ce qui semblait être le pot aux roses pour ces braves gens qui avaient mis beaucoup d'espoir en eux, semblait-il, malgré leurs airs affairés à terminer le plus vite possible leurs assiettes.
De son côté Kyrie ne semblait pas en meilleure posture. Tout son buste allait d'avant en arrière, Elian cru un instant qu'elle avait perdu le sens de la réalité, mais elle lui lança brusquement un regard terrorisé. Ce n'était pas pour le rassurer. Le jeune homme se demanda s'il n'était pas plus préférable d'affronter des entités qui étaient de sa connaissance, à la surface, plutôt que ces énergumènes troglodytes.

"Hum.

Elian tourna la tête vers la voix et d'un seul homme les acolytes suivirent son regard, comme hypnotisés. Debout près de ce qui s'apparentait à une table d'offrandes se dressait une grande femme blonde, une louche à la main.
Pris de panique Elian cru d'abord qu'elle allait les frapper avec tandis qu'elle s'avançait en quelques enjambées vers leur table. Mais c'est sur la table de leur ami à la fine moustache que s'abattit l'instrument en bois.

"Arrête-donc ta comédie mystique, vieux loup ! Ces gamins ne sont pas là pour leur fait passé, mais leurs fait futurs ! Et tu le sais bien. Laisse-les donc terminer leur assiette ils n'ont pas que ça à faire."

Elian fit de grands yeux d'incompréhension en voyant l'homme se lever du banc et partir en grommelant des "on peut pas s'amuser", "faire durer le scénario"... La cuisinière prit sa place, rejointe par une jeune fille portant un plateau sur lequel trônait un cruchon en argile blanche. Pourquoi tant de précisions ? Eh bien car ledit cruchon, qui pourtant avait auditionné avec moult énergie pour ce rôle, se brisa en d'innombrables morceau lorsqu'il se fracassa au sol.
La jeune femme blonde ne releva même pas l'incident, préférant tapoter avec insistance sur la table de sa louche pour que les deux nouveau venus terminent leur assiette. Ce qu'il firent avec appréhension, laissant la pauvre demoiselle ramasser les morceau en se répandant en excuses inaudibles.

***

Ysengrain avait regardé son bureau dans le bâtiment qui lui était attribué, derrière l'Eglise. Il n'était pas à plaindre. Orientation Sud-Ouest, de superbes couchers de Soleil, une vue sur la place de l'Eglise ainsi que sur la ville en contrebas. Etant même au dessus des toits des maisons il avait vue sur les champs de blé au delà de l'enceinte.
Il y a des petits plaisirs qui ne se refusent pas.
Un sourire confiant aux lèvres, il se balançait d'avant en arrière sur ses pieds, face à la grande baie vitrée, chef d'oeuvre artisanal de la maison Les Charmes Ecclésiastique S.A., réputée pour ses "miracles" en bâtiment. En contrebas une équipe d'ouvriers embauchés sur le tas s'échinait à récurer le mur de l'église de ses graffitis.
On toqua.

"Entrez Capitaine.
- Monseigneur, nos officiers n'ont pas retrouvé trace des fugitifs. Nous continuons les recherches, mais cela semble de plus en plus incertain.
- N'ayez crainte, nous les retrouverons. Ce n'est pas à coup de sort d'invocation de poulets que ces créatures démoniaque échapperont au jugement Eclairé.
- Voulez vous que nous lancions un appel aux villes avoisinantes ?
- Oui... et faites signer quelques papiers au maire, après sa tarte aux fraises.
- Bien Monseigneur."


La porte se referma. Un petit sourire confiant apparu sur le visage de l'homme en robe de bure qui regardait le soleil dont la couleur rose illuminait les champs. Les cloches se mirent à sonner, la foire se terminait. Demain ils y verrait sûrement plus clair.

***

On leur demanda de jeter les os dans une coupe d'or en face de la statue du Renard.
On leur demanda de réciter une courte prière qu'ils répétèrent fébrilement de peur qu'on les exécute s'ils n'obéissaient pas.
On leur demanda enfin de suivre Jenna.

"Le patron veut vous voir."

Elian semblait décidé à coopérer. Rien de dangereux ne pouvait plus lui arriver, et puis il savait un peu se défendre. De son côté, Kyrie sortit de sa torpeur et s'arrêta brutalement de marcher alors qu'ils traversaient un couloir sombre où s'empilaient des crânes humains.

"Et pourquoi ? Qu'avons-nous fait ? Nous ne sommes que de simples marchands !
- Mais précisément ma p'tite, précisément.


Ven 25 Juin 2010 20:31
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